Il me semblait important d'écrire cet article car le monde de l'acupuncture et de la médecine chinoise est aussi vaste qu'il est varié. Il y a de nombreuses différences entre chaque praticien et chaque façon de pratiquer — chacun apporte sa couleur et sa sensibilité, tout en étant ancré dans des principes bien établis. Il y a également beaucoup d'a priori et parfois quelques appréhensions.
Nous allons répondre ensemble à plusieurs questions essentielles : d'où vient l'acupuncture ? Qu'est-ce que c'est concrètement ? En quoi consiste un traitement, et comment se déroule une séance ? Quel est le rôle de l'implication personnelle dans le suivi ?
Pour ce faire, nous lirons ensemble quelques passages clé des textes les plus anciens écrits sur l'acupuncture et la médecine chinoise, et nous donnerons des exemples de pratiques contemporaines.
D'où vient l'acupuncture ?
L'acupuncture et la Médecine Chinoise sont indissociables. On peut vraiment dire qu'elles viennent de la même source, puisque les textes fondateurs de la médecine chinoise sont également les textes fondateurs de l'acupuncture.
Ce texte, c'est Le Classique de l'Empereur Jaune — connu par son nom chinois Huang Di Nei Jing — que l'on date du 5ème siècle avant notre ère. Il ne s'agit pas d'un texte unifié écrit par un seul auteur, mais d'un recueil de deux ouvrages en miroir, chacun composé de 81 chapitres. Il s'agit probablement d'une collection d'enseignements de nombreuses écoles médicales et spirituelles de l'Antiquité Chinoise, compilées progressivement jusqu'à prendre forme vers -500 av. J.-C.
Technique de rotation pour stimuler un point d'acupuncture
Par ce recueil, on comprend déjà que l'acupuncture est l'héritière de pratiques qui la précèdent de nombreux siècles. Mais en même temps, il y a dans ce texte une volonté clairement affichée de créer une nouvelle façon de soigner. Voici les premiers mots du 1er chapitre du Ling Shu :
« J'aime mon peuple, j'entretiens de nombreux fonctionnaires et je perçois des impôts. Je compatis avec le peuple, à ses disettes et à ses nombreuses maladies. Je désire ne plus employer de médicaments, ni de poinçons de pierre pour les soigner, mais utiliser de petites aiguilles pour faire communiquer les méridiens, harmoniser le sang et le souffle et régler la rencontre de leurs courants favorables et défavorables. Afin de transmettre cette thérapeutique aux futures générations, il faut en formuler clairement les lois fondamentales afin qu'elles existent pour toujours, ne disparaissent jamais, soient faciles à retenir, pratiques à utiliser et qu'elles constituent un système fondamental. »
— Ling Shu, Volume 1, traduction Milsky – Andrès, p.9On retrouve dans ce passage trois motivations fondatrices : le souhait d'une médecine plus sûre, plus accessible, et plus efficace. La pharmacopée de l'époque reposait sur des formules complexes d'ingrédients parfois rares, coûteux, réservés à une élite — et une erreur de dosage pouvait être fatale. L'acupuncture, elle, ne demande que quelques aiguilles : peu de moyens, peu de risques, une grande liberté de déplacement pour le praticien.
Si par la forme l'acupuncture se distingue de la pharmacopée, c'est également par le fond qu'elle marque son originalité : son principe est de réguler les méridiens, la circulation du sang et du souffle, mais aussi et surtout de s'adresser à l'Esprit de la personne pour l'apaiser et l'éclairer.
La carte des méridiens, héritage de plusieurs millénaires de savoir
Qu'est-ce que l'acupuncture ?
Si je devais en donner une définition simple : l'acupuncture consiste à poser ou insérer des aiguilles filiformes (très fines, en forme de fil) à des endroits pré-déterminés, ou identifiés grâce à un examen clinique approfondi.
Il existe une grande variété d'aiguilles, plus ou moins longues ou fines. Certaines sont si petites (entre 0,1 et 0,5 mm d'épaisseur) qu'elles font office de patchs que l'on peut laisser collés pendant quelques jours — comme dans le cadre de l'auriculothérapie (stimulation de points dans les oreilles).
Une fois le point repéré, le praticien identifie la profondeur adéquate qu'il souhaite atteindre. On peut laisser les aiguilles en place de 15 à 45 minutes, ou les stimuler en les faisant légèrement pivoter ou bouger. Dans le style japonais que je pratique, on retire l'aiguille dès que le point est stimulé de façon adéquate, puis on observe la réponse du corps avant de passer au point suivant.
Les aiguilles filiformes — outils simples, effets profonds
Comment fonctionne l'acupuncture ?
À ce jour, les mécanismes d'action de l'acupuncture ne sont pas clairement identifiés scientifiquement. Plusieurs hypothèses, qui peuvent se rejoindre, sont avancées :
- Action sur le système neurologique et neuro-musculaire. Chaque stimulation envoie une information au système nerveux et au cerveau, permettant de modifier immédiatement la réaction des tissus musculaires à la douleur ou à l'inflammation. C'est notamment pour cette raison que l'on peut traiter des zones douloureuses « à distance », via des méthodes dites réflexes — comme l'acupuncture abdominale du Dr Bo ou l'acupuncture de Yamamoto.
- Régulation de la circulation sanguine. La palpation et l'observation des tissus musculaires sont essentielles. Zones enflammées, teint terne, tissus froids ou mous : autant d'indices qui guident le praticien vers les zones où la circulation est entravée, pour la rétablir.
- Action sur le système des fascias. Les recherches les plus récentes montrent que même une aiguille de moins d'un millimètre peut avoir un effet puissant via les fascias — cette enveloppe conjonctive qui recouvre notre corps de la tête aux pieds et chacun de nos organes. Leur état dépend de leur hydratation globale ; lorsqu'ils sont moins fonctionnels, la mobilité diminue et les douleurs apparaissent.
« Quand le teint est rouge et que le pouls arrive haletant et solide, on diagnostique une accumulation de souffles au centre. On a souvent des nuisances liées à l'alimentation. Le nom est : Blocage de fonctions du cœur. On contracte ce mal d'atteintes extérieures, soucis et préoccupations ayant vidé le cœur, la pathologie en profite. »
— Su Wen, Chapitre 10, p. 324
Le système des fascias — une toile qui relie chaque cellule du corps
Comment se déroule une séance ?
Le praticien interroge différentes zones du corps pour collecter des informations et déterminer la meilleure façon de procéder. Voici les principaux éléments d'examen :
- En cas de douleur, identifier les mouvements déclencheurs et leur intensité (par exemple sur une échelle de 0 à 10).
- La prise de pouls aux deux poignets — sur l'artère radiale, et parfois sur d'autres artères. En médecine chinoise, le pouls ne mesure pas seulement le rythme et l'intensité.
- L'observation de la langue : forme, couleur, présence d'enduit.
- La palpation de l'abdomen, pour repérer les zones de tension, d'inflammation (chaleur) ou de déficience (froid, mollesse).
- La palpation du dos, en miroir de l'abdomen, pour identifier les zones clés selon les points sensibles ou insensibles.
- La palpation des bras et des jambes, pour évaluer l'état des tissus musculaires.
Tous ces éléments constituent une grille de lecture dont on mesure l'évolution tout au long de la séance et au fil du suivi.
Exemple de l'examen palpatoire en Acupuncture Japonaise
Le suivi et l'implication personnelle
Sauf cas d'urgence — comme un lumbago aigu et incapacitant — les séances d'acupuncture se conçoivent comme un accompagnement dans le temps. Au début, les séances sont plus rapprochées ; à mesure que les symptômes s'estompent, on les espace. Dans mon expérience, je dirais qu'il est bon de prévoir 3 à 5 séances à raison d'une toutes les deux semaines au minimum, puis d'espacer selon les besoins de chacun.
Mais surtout — et les textes classiques nous le disaient déjà il y a plus de 2500 ans — l'implication du consultant est capitale :
« Celui qui ne se prête pas au traitement ne guérira jamais ; le traitement restera sans effet. »
— Su Wen, Chapitre 11, traduction E. Rochat de la Vallée et Claude Larre, p.346Aucun praticien ne dispose de baguettes magiques. Des changements réels doivent se produire dans notre environnement immédiat. Nous sommes responsables de notre santé et de notre bien-être. Les trois leviers les plus simples et les plus courants sur lesquels agir sont :
- Le rythme de vie : qualité du sommeil, juste niveau de stimulation dans la journée.
- L'équilibre alimentaire : qualité de la nourriture et régularité des repas.
- Le mouvement : ni trop sédentaire, ni trop intense.
Je vous donne également des outils pour mieux gérer l'impact du stress : développer sa conscience corporelle, apprendre à se réguler émotionnellement, identifier ses besoins, clarifier ses valeurs, poser des limites saines. Tout cela vise à retrouver davantage d'autonomie et de liberté dans les choix qui nous épanouissent réellement.
L'acupuncture, un accompagnement global qui engage corps et esprit
En Médecine Chinoise, la santé est une conséquence de notre épanouissement, de notre connexion à nous-mêmes, et un reflet de la qualité de nos liens avec nos proches et notre environnement.
L'éthique du médecin : le serment de Sun Si Miao
Pour conclure, voici un texte du 8ème siècle de Sun Si Miao — l'équivalent du serment d'Hippocrate en Médecine Chinoise :
« Quand un médecin éminent traite une maladie, il doit avoir l'esprit serein et un tempérament solide. Il doit être un modèle de compassion et de compréhension sans vœux ni désirs personnels. Il fait serment de mettre fin partout à la souffrance des hommes.
Si quelqu'un qui souffre horriblement d'une maladie réclame son aide, il ne se demandera pas s'il s'agit d'un noble ou d'un roturier, s'il est riche ou pauvre, vieux ou jeune, beau ou laid, s'il est chinois ou étranger, si c'est un fou ou un homme sage.
Ils sont tous égaux et il les considère comme s'ils étaient tous ses plus proches parents. Il ressentira une profonde commisération, et il ne se laissera pas rebuter par les montagnes dangereuses, le jour ou la nuit, le froid ou la canicule, la faim ou la soif, ou l'épuisement. C'est de bon cœur qu'il portera secours.
Ainsi, il sera considéré comme un grand médecin par le peuple ; s'il va à l'encontre de ces principes, il sera considéré comme un grand voleur de l'humanité. »
— Sun Si Miao, 8ème siècle
Une tradition millénaire, un engagement éthique intemporel
Si vous souhaitez explorer ce que l'acupuncture et la médecine chinoise peuvent vous apporter, je vous invite à prendre rendez-vous pour une première séance.
Ensemble, nous tracerons le chemin vers votre équilibre.
[1] Ling Shu, Volume 1, Traduction Milsky – Andrès, p.9.
[2] Su Wen, Chapitre 10, p. 324.
[3] Su Wen, Chapitre 11, Traduction E. Rochat de la Vallée et Claude Larre, p.346.

